| Elena Prentice invitée dhonneur Mémoire écrite, illustrée, méditée et stylisée Elena et le ciel « Le ciel cest quelque chose dans lequel votre regard peut
pénétrer (
) quelque chose qui na pas de surface,
mais dans lequel nous pouvons nous immerger de plus en plus profondément
jusque nous perdre dans linfini de lespace » Extrait de Lignes dHorizon et Vibration * Lettre à Hippolyte Taine, correspondance du 1er décembre
1866.
A la poursuite de son obsession visuelle, Elena a toujours un pied dehors, à la recherche de ce qui viendrait nous couper le souffle. Elle vit de ce monde extérieur qui commence avec les premiers feux de laube et sachève dans la luminescence dun ciel étoilé. Elle sait que de cette nature finie des miracles de lumières prennent formes, pour peu que lon sache y être sensible. Elle croit comme les êtres à l ancienne que le monde renferme des merveilles et des mystères. Tout est là, dans le monde apparent, il sagit de savoir lire la nature. Elle s immerge dans le travail qui devient tout de suite une affaire de subtilité, d oeil raffiné qui prélève linvisible, les traits dune forme insoupçonnée, une couleur presque insignifiante mais qui a son importance dans la sensation. Il ne faut pas attendre dElena des coups d éclat, parce quelle ne cherche à saisir que la part la plus secrète de ce quelle a vu. Sa force se situe dans la totale cohérence de sa vision : lhumilité de la nature, le détachement, la liberté. L ampleur de sa main est là avec parfois la stridence de quelques coups de cisailles, de pointes de couteaux dans les courants de leau. Elle aime comprendre la beauté dans ce miroitement, ce dessin
qui divise, donne du mordant à cette étendue d eau
quelle observe et qui tente maintenant une vie sur le papier marouflé
de ses toiles. Plus juste serait de dire : avec le ciel également,
car lun ne cesse dinfluencer lautre. Et même si
leau et les nuances des étendues de mer semblent être
le sujet dun grand nombre de ses peintures, cest finalement
le ciel qui détermine à quoi l eau va ressembler;
et comme le ciel renvoie la lumière, cest ce moment miraculeux
qui est à saisir. La lumière fait se lever Elena :
Le matin, cest le ciel que je regarde , la complexité
des nuages fait que cela change tout le temps, tu peux regarder cela à
linfini . Savoir allier laudace au lyrisme est un don rare. Être totalement ouvert aux forces de la beauté, puis, avec vigueur, tenter de formuler sa propre réponse - faire en sorte que son art soit créatif et entièrement original, tout en rendant compte de ce qui, bien au-delà de soi, émerveille, voilà qui est plus exceptionnel encore. Jai poussé un hurlement ! et linfini Ces vers sont dEdna St. Vincent Millay - qui, originaire de Nouvelle Angleterre comme Elena Prentice, a comme elle nourri de son terreau natal, et de lhéritage culturel qui sy attache, une vision refusant toute frontière. On retrouve de façon troublante dans les vers de Millay les abstractions somptueuses et baignées de lumière de Prentice, la touche légère traversée dintuition hardie visant à luniversel et lharmonie préservant en eux intensité et émotion. Hurlement est un mot fort, mais à linstar dEdna
St. Vincent Millay, Elena Prentice hurle sa joie et son émerveillement.
Ce désir de se confronter à linfini et
à lindéfini habite aussi bien les toiles
du peintre que les vers du poète; de même, la volonté
dembrasser les horizons insondables. Où limmense
semblait se déplier encore, voilà de quoi précisément
parlent les peintures de Prentice, entrelaçant de brèves
lignes vigoureuses sur des surfaces mouvantes et chatoyantes. Les toiles,
assurément, murmurent, mais leur force noie tous les autres bruits.
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